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  • Photo du rédacteur: Citronnade
    Citronnade
  • 10 juil. 2023
  • 29 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 juil. 2023


2022-2023 : Professeur principal, quatuor professoral et service informatique en PLS


Notre Père comme accueil

A l’aube de cette nouvelle année scolaire, le cœur encore rempli de la nostalgie de mon précédent établissement, je me dirige vers mon nouveau collège, un lieu à taille humaine dans le XIIIème arrondissement de Paris. Dès mon arrivée à proximité, je découvre des environs calmes et bien entretenus à l’opposé de l’effervescent XIXème et son duo très populaire Jaurès - Stalingrad. La première journée correspond à une visite des lieux et une découverte de l’équipe du collège. Une vague de départs a obligé un recrutement important et un nombre conséquent de nouvelles têtes. La directrice, une dame d’un certain âge à l’air jovial, prend place dans une grande salle climatisée, elle nous déroule un discours typique sur le début de l’année, et décide de ponctuer sa prise de parole par une prière collective, établissement catholique oblige. Les premiers mots d’un « Notre Père » retentissent à l’unisson, j’échange un long regard interrogatif avec ma collègue musulmane provenant du même collège que le mien, elle non plus ne connaît les paroles de cette « chanson » religieuse … Puis vient la réunion concernant les professeurs principaux, une grande nouveauté pour moi, une classe de 4ème m’a été attribuée. Je fais enfin preuve d’attention pour ne perdre aucun détail, le grand bal devant les élèves commence le lendemain.


Enchanted - this was the very first page

Le jour suivant, j’opte pour une tenue sobre mais à l’image du personnage : t-shirt noir, jean noir et des Tn requin noires, ma dernière fierté. L’appel des élèves a lieu au milieu de la cour, ils découvrent mon visage, le leur oscille entre interrogation et surprise. La classe au complet, on se dirige vers la salle qui nous a été assignée, un lieu assez étroit au premier étage. Sur le chemin, j’utilise ma voix détonnante pour réprimander les premiers perturbateurs, l’ambiance est déjà posée. Je leur délivre un discours assez simpliste en suivant scrupuleusement les étapes données par la direction, aucune place pour l’improvisation. Un élève particulier se montre déjà agité, je le remarque et me dit : « lui, je vais devoir l’avoir à l’œil », c’était si peu dire … J’évoque mon attachement à la communication et à la franchise, en affirmant que je serai toujours présent pour eux et à leur écoute. Il faut maintenant apprendre leurs 34 prénoms par cœur, au final 33 parce qu’une élève décide ne plus venir dès le deuxième jour … Le jour d’après, je découvre mes autres classes : deux cinquièmes et une sixième. Au-delà de ce principalat, deux nouveautés par rapport à l’année précédente sont à noter : deux ateliers pour la préparation au Cambridge Certificate que je coanimerai avec le tout-aussi nouveau collègue d’anglais, un camarade au képi tout en attitude et en gros mots ; des AP (aides personnalisées) qui sont juste des cours en groupe provenant de deux classes différentes. Ces deux nouveautés vont démultiplier le nombre d’élèves et de classes, pour mon plus grand plaisir …


La jeunesse au pouvoir

La classe dont je suis professeur principal concentre les nouvelles têtes du collège, la jeunesse aux commandes que ce soit pour le Français, les Mathématiques ou la SVT. On sympathise très rapidement et nous communiquons énormément sur la classe, tout en se conseillant mutuellement sur les meilleures manières pour animer nos classes. Les cours se déroulent en toute bonne ambiance. Ma première pensée par rapport à mes nouveaux élèves : ils sont extrêmement calmes et sérieux ; on est à mille lieux de mes premiers cours où les stylos volaient dans tous les sens dès que j’avais le dos retourné. Cela me surprend même si l’adage nous rappelle que le calme vient toujours avant la tempête … Ma rigueur et mon côté cowboy dégainant des réprimandes plus rapidement que mon ombre amènent une sérénité et un calme propice au travail, dans presque toutes mes classes … Oui, une classe de 5ème n’hésite pas à me titiller, pensant que j’étais un professeur débutant mais dommage pour eux, j’avais été entraîné à la dure dans mon précédent établissement donc je pouvais enchaîner les recadrages sonores et les réprimandes en toute quiétude. Ils allaient craquer bien avant moi et spoiler alert : j’ai gagné et le sérieux et le travail ont pu s’installer quelques semaines plus tard. Dans la salle de classe de cette 5ème, le rideau de projection était toujours aussi difficile à installer. Une combinaison spécifique était nécessaire pour le garder droit sinon il se rangeait … De nombreux essais et des moments d’agacement plus tard ont eu raison de ce rideau. Un jour, je tire plus fort que d’habitude dessus, déchirant ainsi l’écran … L'hilarité de la situation m’oblige à rire et les élèves ne peuvent garder leur sérieux. Après cette vague de rires généralisés, nous reprenons le cours tout en laissant le rideau sur le sol.


Les parents …

La première réunion avec les parents a lieu un samedi matin, chaque professeur doit présenter sa matière et le professeur principal fait office d’animateur entre les « invités ». Mon objectif est fixé : faire concis, précis et sans excès. Les parents apprécient sauf une qui souhaite absolument savoir si le niveau des cours d’anglais allait augmenter parce qu’il faut comprendre que sa petite tête blonde n’est pas assez challengée … Je lui rétorque avec aplomb que ce n’est que le début de l’année et l’objectif est ne perdre personne dès les premières semaines. Elle insiste : « oui, mais pour les bons élèves, vous faites quoi ? », je vois rouge et lui réponds : « si votre enfant le souhaite, j’ai un casier rempli d’exercices et de livres à étudier donc je l’invite à venir me voir pour les récupérer ! ». Ce parent ne m’a plus jamais adressé la parole, j’avais gagné ma tranquillité. Ce premier mois de septembre, les réunions se démultiplient dont une en priorité est à mentionner, elle concerne les informations à connaitre à propos des élèves : leur passif et si un suivi particulier est nécessaire. Quelques élèves de ma classe trainent une réputation peu reluisante mais je préfère en faire fi, un nouveau professeur principal donc une ardoise vierge pour chacun.


Un premier parent souhaite déjà un entretien téléphonique avec moi, cela concerne un élève qui est suivi par une AESH et étant donné mes connaissances sur ce genre d’aménagements, je me suis imaginé qu’il collectionnait les troubles dys. Bien entendu, je me trompais et la mère de cette élève me l’a bien fait comprendre … Nous partons donc sur une conversation ou plutôt un monologue de 45 minutes sur mon incompétence et mon ignorance concernant les pathologies de son petit protégé … Excédé, diverses grimaces défilent sur mon visage. Cet entretien sera le premier de nombreux échanges avec ce dit parent. Une autre fois, un échange musclé à propos d’une retenue nous retient plus d’une heure, la sanction lui parait illégitime au vu des particularités de son enfant. J’insiste lourdement sur le fait que la règle avait été exprimée dès le début de l’année scolaire et que tous les partis étaient d’accord sur les raisons d’un déclenchement d’une retenue. Par soucis d’équité, son enfant doit aussi respecter le règlement de l’établissement. Un échange toujours aussi délicieux mais après avoir accompagné son enfant en voyage scolaire, nos rapports vont complètement changer et elle est devenue cordiale voir même agréable avec ma personne.


The English squad

Au moment de mon recrutement, la directrice avait lourdement insisté sur le fait que l’équipe d’anglais devait travailler ensemble, les années précédentes, les conflits et les désaccords régnaient en maître d’après elle. Au tout début, ce n’était que pour les apparences mais grâce à notre complicité quasi-immédiate, l’équipe d’anglais n’a jamais autant travaillé main dans la main pour le plus grand plaisir de la direction. Des thématiques communes pour les cours d’AP, un concours Big Challenge, un séjour linguistique pour les 4ème élaboré et accompagné par les quatre professeurs d’anglais et nos repas interminables du mercredi midi où rire franchouillard et grande camaraderie nous ont soudés tout au long de l’année. D’ailleurs, la collègue de 4ème doit toujours corriger les épreuves communes malgré l’arrêt des notes. Cette équipe d’anglais si décriée les années passées est devenue un des joyaux de cet établissement que les autres départements jalousent.


La plaie informatique

Ma rencontre avec le service informatique de cette établissement est toute aussi folklorique, son responsable est un quadragénaire à l’humour extrêmement gras, avec une appétence particulière pour saluer le personnel de l’établissement du poing et une attitude particulièrement déplacée avec la gente féminine. Sa lourdeur est l’égale de son incompétence informatique … Son parc informatique est une véritable calamité, des ordinateurs vieillots au possible qui ont la fâcheuse habitude de : soit mettre littéralement quinze minutes à démarrer soit s’éteindre tout seul … Je ne compte plus les fois où mon camarade d’anglais l’a embrouillé à cause de son matériel d’un autre âge. Voici une réplique qui illustre ces moments tendus : « Mon cours c’est comme un show son et lumière de Madonna, si je n’ai pas d’ordi, je ne suis plus rien. » Son incompétence est telle qu’on finit par ne plus lui demander d’intervenir dans nos classes même si l’ordinateur était dans les fleurs … « The show must go on » but it goes on differently without any computer or sound. Il faudra attendre le mois de mai pour que toutes les classes soient équipées d’un matériel informatique décent et fonctionnel.


Boules QUIES et chaos technique

Ma première séance de vie de classe arrive enfin et le rituel de la signature des carnets de correspondance est lancé. Certains commencent déjà à collectionner les mots alors que les derniers jours de septembre n’ont même pas eu le temps d’arriver, donc les premières retenues apparaissent, je choisis la recopie des verbes irréguliers, autant joindre l’utile à l’agréable. Mais un sujet particulier est mis sur la table, le cours de Physique-Chimie. Ce sera un sujet extrêmement récurrent lors de nos échanges du premier trimestre, à mon plus grand désarroi. Pour faire simple, le professeur montre un profond désintérêt en ce qui concerne l’autorité et l’attitude des élèves en classe et ces quatrièmes si mignons et sérieux avec moi, se comportent comme de véritables forcenés dans ce cours. Le professeur a même décidé de porter des boules QUIES afin de ne pas être dérangé par le bruit, les plus assidus sont désarmés et les cours deviennent de plus en plus incompréhensibles. Une élève studieuse me montre, après deux mois de cours, son classeur de science, on y trouve bien plus d’intercalaires que de feuilles écrites ou polycopiées … Ne connaissant pas la réputation de ce professeur, je mène ma petite enquête et découvre que la situation est la même quelque soit la classe ou le niveau … J’insiste à chacun de nos échanges sur cette matière que l’attitude studieuse et respectueuse est primordiale, que les élèves ont une grande part de responsabilité dans le chaos en Physique-Chimie. Mon envie de bien faire me pousse à aller interroger ce collègue qui semble si dépassé. Le trouver a probablement été ma plus grande difficulté de l’année, mais un jour par le plus grand des hasards, lui et moi, étions dans la salle du personnel au même moment. Donc connaissant la situation, j’utilise ma plus grande subtilité et mon plus grand tact pour obtenir toutes les informations possibles concernant ma classe. Dommage pour moi, ma subtilité à peine voilée était trop subtile et le collègue s’est lancé dans une longue diatribe sur comment, moi professeur d’anglais, je pourrai améliorer ma pédagogie … « Je ne dirais pas que c’est un échec : ça n’a pas marché … » Ma jeune camarade de Français était aux premières loges et a pu observer l’important déni de ce professeur aux bouchons d’oreilles … Les remarques par rapport à cette matière continuent et les parents correspondants de la classe passent à l’étape supérieure en demandant directement à la direction si quelque chose peut être fait dans cette discipline. La direction convoque plusieurs fois ce professeur pour un entretien, un rendez-vous avec l’inspecteur du rectorat est même annoncé mais grâce à un grand talent d’esquive, il se permet de ne répondre à aucune de ces requêtes. Allant même un matin de décembre, attaquer verbalement la directrice à l’accueil du collège, il dépose son arrêt maladie l’après-midi même. Pendant près d’un mois, il enchaine les petits arrêts empêchant la direction de lancer le recrutement d’un suppléant. Annonçant enfin un arrêt plus long, un remplaçant est trouvé et les élèves peuvent enfin se remettre au travail en Physique-Chimie.


Conseils de classe endiablés

Les premiers conseils de classe arrivent, avec son lot de réjouissances comme remplir les bulletins et synthétiser les appréciations des autres enseignants pour la classe de 4ème dont je suis professeur principal. Je dois d’abord corriger l’orthographe des avis des professeurs ; pour certains, écrire français semble relever d’une corvée insurmontable. Relisant un million de fois mes appréciations, la perfection était attendue pour ma grande première mais la série des conseils en plein hiver glacial commence par une autre de mes classes, des cinquièmes. On me prévient de la verticalité des conseils, la direction et le professeur principal ont tous les pouvoirs et la parole, les autres professeurs font office de plantes vertes. Dans ce conseil, une enseignante débutante de Physique-Chimie avait été propulsée professeur principal de cette classe de 5ème qui est adorable et studieuse en anglais. Probablement dans le top 5 des pires conseils auxquels j’ai assisté, les délégués dézinguent la professeur en s’appuyant sur le manque de communication et d’interaction entre elle et la classe. Le parent correspondant ajoute sa pierre à l’édifice concernant l’incompétence de cette jeune professeur. Après cette vague de critiques, le cas par cas peut enfin commencer et le désastre continue … Chaque appréciation contient plus de fautes que de mots, le directeur adjoint perd patience et préfère en rire, les autres professeurs chuchotent et rigolent dans leur coin. De mon côté, une grande empathie face à ce chaos m’envahît et je commence à penser à ma propre situation. Aucune envie de vivre le même calvaire donc, dès mon retour, je vérifierai à nouveau mes appréciations. Le conseil se termine par les mots assassins du directeur adjoint : « Dans mon bureau, après les conseils ! ». La dite professeur s’absente dès le lendemain, et sa longue descente aux enfers ne fait que de commencer … Mon conseil de classe arrive le jour suivant, les parents correspondants attaquent dès les premières minutes sur la Physique-Chimie et son professeur aux bouchons d’oreilles, le directeur adjoint joue de finesse et de tact pour éviter le pugilat en évoquant les directives mises en place. Les délégués prennent malheureusement pour leur grade à cause de l’attitude de leurs camarades dans cette matière, sinon dans les autres disciplines, ce sont de véritables petits anges. Puis c’est mon tour, mon avis général sur la classe est bien plus positif et j’encourage à continuer leurs efforts. Des petites blagues s’entremêlent à la lecture de l’appréciation de chaque élève, l’ambiance est apaisée, l’orage de début de conseil est passé. Après un gros ouf de soulagement, je peux l’affirmer : une première réussite et un rendez-vous avec la direction évité.


The haters gonna hate, hate, hate, hate

Avant de continuer, un retour concernant la professeur de Physique-Chimie s’impose. On l’avait laissée après son conseil de classe désastreux. Suite à ce dernier, ses absences s’accumulent, et lors des moments de présence, elle est soit dépassée par le travail face aux élèves soit punitive sans aucune pitié ni raison apparente. A chaque cours, elle demande à un élève de faire des photocopies et, quelle chance pour moi, je suis le seul professeur présent en salle du personnel à ce moment-là donc par pure sympathie, je m’y attelle. Ayant des difficultés importantes avec cette photocopieuse, à chaque fois, je démultiplie les copies et n’obtiens jamais une simple photocopie recto-verso. L’année avançant, un jour d’hiver, elle demande mon numéro de téléphone personnel à ma jeune collègue de Français. Cela m’interpelle : « pourquoi souhaiterait-elle mon numéro perso alors que je ne connais même pas son prénom et je lui ai probablement adressé deux fois la parole depuis le début de l’année ? ». Malgré cela, j’accepte de donner mon numéro et que fut ma surprise à la réception du premier message de cette collègue de Physique-Chimie. En effet, à la fin de l’un de mes cours, un message long comme le Mississippi d’un numéro inconnu m’attend et ce n’est pas une déclaration d’amour, ma toute première hater était née. Un français approximatif, des réflexions dignes d’une collégienne hargneuse et une disproportion totale par rapport à nos interactions : en effet, selon elle, j’étais devenu le chef d’un groupe qui l’avait prise en grippe et ne réfléchissait qu’à des moyens de lui nuire. Suite à ce message, j’en informe ma collègue de Français, elle avait reçu le même genre d’attaques … J’accepte d’avoir une conversion avec mon hater mais elle choisit d’envoyer un nouveau message tout aussi haineux, je décide de laisser couler et de ne pas aller cafter à la direction. Ma collègue préfère la confrontation et découvre une femme complètement perdue, alternant entre une petite créature frêle et apeurée et une véritable enragée … Nous ne souhaitons plus aucune interaction avec elle, et gardons cette affaire pour nous jusqu’à ce que les commérages entrent en jeu … Elle finit par se mettre à dos tout le corps enseignant et même la direction à cause de ses histoires et ses nombreuses absences. La direction choisit même de la destituer de son statut de professeur principal ! En voyage scolaire, je demande aux élèves comment elle était avec eux, ils lui avaient attribué le même surnom que la professeur de Français et moi-même lui avions donné : « la folle »


Love Story

Dès le mois de février, la directrice souhaite un rendez-vous avec moi, elle aimerait parler de mon avenir. Elle m’accueille dans son bureau, je m’assois en face d’elle. Elle prend la parole et déclenche une vague de louanges sur mon travail, sur mon implication avec les élèves et sur mon statut de professeur principal. Elle souhaite me garder dans son équipe pour l’année suivante. Un nouveau rendez-vous en mai sera du même tonneau en ajoutant que je suis un professeur principal très efficace. Elle souhaite m’inscrire aux formations pour devenir titulaire, malheureusement un mois d’expérience me manque pour m’enregistrer pour la nouvelle session, je vas devoir attendre l’année d’après.


Le dernier cours du vendredi est affecté à un groupe de 3ème mais l’année dernière, les cours tardifs avaient travaillé au corps ma patience. Donc, au début, j’y suis allé sans grand enthousiasme mais ce groupe sérieux et agréable me surprend. Un jour, la classe et moi-même arrivons devant la salle, celle-ci est fermée, dans le noir et les chaises sont sur les tables, le tableau fermé. Je m’apprête à rentrer en classe avec eux lorsque une collègue d’anglais m’interpelle. Je laisse les 3ème s’installer, je réponds rapidement à sa question et je rentre en salle. Et là, le tableau ouvert avec un gigantesque cœur dessiné à la craie m’attend ! Cette déclaration d’amour anonyme ne sera pas la dernière, les suivantes seront signées !


En fin d’année, la vie scolaire demande aux élèves d’écrire un petit mot de reconnaissance à un ou plusieurs adultes de l’établissement. Les petits mots plein d’amour se sont multipliés dans mon casier, certains m’ont même tiré quelques larmes ! Des élèves refusant l’écriture de ces mots privilégient les déclarations en personne, j’ai découvert être le professeur préféré de nombreux de mes 4ème dont certaines m’ont offert une bouteille de vin et des chocolats. Concernant une élève particulièrement adorable et volontaire, mes cours l’ont aidée à venir au collège et à travailler pour continuer de profiter de mes nombreuses références musicales. En grande passionnée de musique, elle nous a subjugués avec ses prouesses lors du concours des talents pour la fête de l’école. Ces déclarations d’amour à ma méthode d’enseignement font de ce métier le plus beau du monde. Voir mes actions avoir une telle influence positive sur mes élèves me pousse à continuer dans cette direction et à tout donner pour eux.


Voyage au bout de l’enfer Mayennais : un geste, une connerie

Un soir, la directrice nous convoque, mon collègue et moi-même, dans son bureau. Grande fierté de son règne, elle mentionne la « Semaine sans cartables » au mois de mars, cette période concentre aussi les voyages scolaires. Etant tout frais dans cet établissement, l’organisation de séjour me semblait totalement étrangère mais la directrice insiste, elle souhaite un voyage concernant l’anglais cette année. J’invoque l’inflation en Grande-Bretagne nous, l’équipe et moi, empêchant donc organiser un séjour sur les terres arthuriennes, mais elle a un atout dans sa manche. En effet, un précédent séjour linguistique était en vogue avant la COVID et elle nous invite fortement à nous renseigner dessus, sous-entendu ce voyage doit se faire. Pris dans la tenaille, nous décidons de mettre ce projet à exécution. Dans l’urgence, mon camarade contacte le centre d’accueil, établit des devis de transport et rédige la circulaire présentant le voyage. Ce sera donc un séjour dans un centre linguistique tout en anglais proche de Laval, il sera réservé au niveau de 4ème. Après un long démarchage auprès des élèves, nous rassemblons 45 élèves et 4 accompagnateurs, la fine équipe d’anglais. Le séjour est fixé au mois de mars, ce sera dans un centre d’accueil au grand air, digne d’une colonie de vacances à la campagne. Dès la première réunion d’information, on établit l’interdiction des téléphones portables et de tout appareil électronique, cette semaine de détoxification numérique pour des adolescents de 14 ans parait particulièrement réconfortante pour les parents. La semaine précédant le départ, des élèves enthousiastes m’attendent à la fin des cours pour négocier leurs couchettes, elles souhaitent absolument être dans la même chambre que leurs amies. Je prends leur requête en compte et au moment de la formation des chambres, trois de garçons et trois de filles, nous essayons de respecter au mieux leurs attentes. Dans les participants, on y trouve aussi quelques élèves réputés pour leur agitation, on essaye au mieux de les séparer.


Le rendez-vous est matinal mais les élèves ne rechignent pas, leur premier voyage de classe en tant que collégien va pouvoir commencer. Nous voilà enfermés dans un car pendant trois heures avec plus d’une quarantaine d’adolescents excités, un moment délicieux … Quelques téléphones sont déjà confisqués dès les premières minutes de voyage en car. Je me place au milieu du car, à proximité d’élèves que je connais particulièrement bien. L’un d’eux m’annonce qu’il vient de retrouver les deux jeux de clés de sa maison dans son sac et que sa mère se retrouve à la porte … On appelle directement sa génitrice et cette dernière se lance à la poursuite du car de bon matin. Premier arrêt, les élèves en profitent pour se dégourdir les jambes et nous attendons patiemment la mère pour lui rendre ses clés. Enfin arrivée, elle récupère son bien et salue son fils sans même le sermonner. De retour à nos sièges, je lui rappelle que si j’avais été son parent, il aurait couru derrière le bus le reste du trajet. La route peut reprendre, le manque de musique se fait ressentir donc je sors de mon sac une petite enceinte et partage mes playlists avec tout le car. Les élèves sont exaspérés par ma grande passion pour Taylor Swift mais les chansons permettent d’adoucir ce long moment de transport. Enfin, arrivés dans le centre d’accueil, on peut enfin sortir du car, et admirer le lieu qui sera notre pour les cinq prochains jours.


Un bâtiment en pierre blanche surplombe le site, on apprendra plus tard, que le dit château avait été le repère de la Gestapo pendant l’occupation … L’équipe d’animation nous accueille avec joie et dynamisme, un premier repas fait de sandwichs bon marché remplit nos estomacs. Les élèves peuvent enfin découvrir leurs chambres, la mienne est collée à celle de huit adolescents. Les affaires sont déposées et les premières activités peuvent enfin commencer. Plus tard dans la journée, arrive le moment de la douche, un élève sort son téléphone pour écouter de la musique comme si de rien n’était, étant dans la chambre avoisinante, je débarque en furie, pousse une bonne gueulante et ajoute un nouveau téléphone à notre collection. La première nuit arrive, chacun est invité à rentrer dans son dortoir. Les professeurs font des tours à la chasse au bruit, malgré nos interventions, certains élèves s’amusent jusqu’au milieu de la nuit mais c’était sans compter sur la petite vengeance du matin. Effectivement, à 7h30 tout pile, chaque professeur va tambouriner à la porte des chambres pour un réveil dynamique, puis on leur laisse trente minutes de préparation pour aller au petit-déjeuner. Au-delà de ce temps, on part les sortir des lits. Chaque nuit et chaque matin, c’est la même rengaine pour le plus grand plaisir de tous. Un soir, malgré un système de sécurité high-tech : des chaises devant les portes, quelques élèves se sentent obligés de sortir de leur chambre après le coucher. Mais leur discrétion d’éléphant les trahit et je les arrête en plein vol dans l’espace extérieur au milieu des dortoirs. Jubilant à l’intérieur de moi, je leur impose de s’assoir sur le sol et de rester comme cela au frais. Les volets autour s’ouvrent pour regarder la scène. Une dizaine de minutes plus tard, ils regagnent leur chambre. Une autre nuit, un élève sort et la porte se referme derrière lui, l’empêchant donc de retourner au chaud dans son lit. Il vient frapper à la porte d’un professeur mais ce dernier décide de lui répondre tout en ironie : « Sorry, I don’t speak French ! » et il referme la porte, laissant l’adolescent dehors. Quelques minutes plus tard, par compassion, le professeur lui donne accès à sa chambre afin que le petit puisse retourner se coucher.


En leur offrant un cadre rigide et un accès à leurs chambres limité, plusieurs élèves comparent le lieu à une prison. On se doit d’être à l’affût pour plusieurs raisons : tout d’abord, dès que les élèves ont trois secondes de pause, ils courent directement vers leurs chambres pour retourner au lit et cela nous prend une éternité pour les rapatrier, ou comme dit le grand chef : « faire la voiture-balai ». Un groupe de garçons a toujours une connerie à faire : lancer des cailloux sur les vitres, apprendre des grossièretés aux petits britanniques qui sont en séjour dans le centre en même temps que nous, sauter par les fenêtres, voler les ballons pour imiter Lebron James et bien d’autres … Tout le séjour, une grande partie des garçons se sont mis en tête de crier le mot « énorme » à tout bout de champ. Après s’e fait engueuler pour une connerie, un élève/cafard nous ramène une cigarette électronique qu’il a trouvée dans sa chambre et tel un bon délateur, il nous donne le nom du propriétaire sans qu’on ait le besoin de dire mot.


Les repas ont lieu à l’intérieur du château ou plutôt au presque sous-sol. Enfermés dans une pièce sans fenêtre, chaque repas est particulièrement sonore mais à cause d’oreilles trainantes, the teachers must speak in English. A little reminder, the students are there in order to improve their ability to speak but a lot of them are just bad. So we are sharing our stories and any gossip this way not to be understood. Les activités de l’après-midi sont souvent sportives et contrairement les matins sont plutôt sous le signe de cours ludiques avec l’équipe d’animation. Entre un combat au sabre contre un élève digne de la saga 'Pirates des Caraïbes’ et une maitrise au tir à l’arc, j’ai personnellement brillé pendant ces après-midis. D’ailleurs, cet « Archery class » a permis de mettre en place le meilleur pari du séjour, un garçon et une fille cherchent à faire quelque chose de mémorable pour le dernier soir et grâce à mon esprit et leur non-talent avec un arc, on choisit que le garçon doit se déguiser en fille et vice-versa. C’est ainsi que « Lucia » et « Karim » sont nés, « Karim » a un gage en plus, « il » doit lire un poème à l’ode de « Lucia » devant tous les enfants du séjour pour la dernière veillée. Ce dernier soir laisse place à la fête et son talent show. Les petits présentent plusieurs chansons comme le merveilleux tube « What Makes You Beautiful » des One Direction, laissant les ados français complètement circonspects ! Certaines se se moquent et le chef les attrape pour les ramener à leur chambre. Un élève se lance dans un rap peu maitrisé mais le public l’encourage ! A la fin de la chanson, pris de honte, il saute de scène et court pleurer dans son lit … « Karim » et moi-même sommes arrivés sur scène pour délivrer ce merveilleux poème, je suis l’interprète pour le public non-anglophone. Le talent show fini, la musique retentit et le public se met à danser, les professeurs commencent à montrer leurs plus beaux pas de danse, les garçons restent coincés sur leurs chaises par effroi ou honte de soi, dommage pour eux parce que les autres guinchent sur les plus grands tubes internationaux. Annonçant la fin du séjour, les premières larmes arrivent et un élève en particulier a retenu l’attention des professeurs et de ses camarades. Cet élève avait domestiqué la poule qui errait sur notre lieu de vie, mais il se sentait particulièrement seul et ne souhaitait pas rentrer … Un groupe de soutien qui a pris siège dans ma propre chambre lui permet de s’exprimer librement, un débriefing de cette session m’attend juste après, au moment du coucher. Une dernière mise au lit épique où réconfort d’élèves malades, attaque physique, sauts par la fenêtre, prise de bec avec le conducteur de bus britannique, se sont mêlés pour le plus grand plaisir de tous.


Le dernier jour oblige, il faut un réveil qui détonne, avec le typique tambourinage aux portes, une ambiance musicale s’est ajoutée. Au début, je souhaitais me poser au milieu de la chambre avoisinante et les réveiller avec l’introduction percutante de « Afrique Adieu » de Michel Sardou mais mon plan n’est plus d’actualité à cause des deux malades de la chambre. Ainsi, je colle simplement l’enceinte à leur chambre et lance « Auburn » de Lomepal, qui sera suivi de tubes contemporains. On tanne les élèves pour faire leurs valises et nettoyer leurs chambres, des cadavres de paquets de sucrerie se trouvent au fond de chaque placard. Pris d’une autorité militaire, j’attrape les glandeurs qui ne bougent pas de leurs lits et les secoue verbalement pour se mettre au travail. Un défilé de mode est improvisé avec des déguisements proposés par l’animation, les élèves affichent leurs meilleures créations et suggèrent d’habiller les professeurs. Deux élèves me sautent dessus et empilent tout ce qui leur passe sous la main. « Promiscuous » de Nelly Furtado raisonne et j’expose mes meilleures poses ravissant ainsi le public. C’est l’heure du départ et ce dernier trajet s’annonce tout aussi épique que l’aller. Un élève perturbateur se fait saucissonner à son siège pour ne plus bouger, il est juste devant moi et je perds mon cool en lui demandant après multiples remarques : « Mais à part être con, tu sais quoi faire d’autre ? », d’un sourire béat, il me répond « de l’escrime et des jeux vidéo » … Un autre élève s’amuse avec sa ceinture, je retourne et utilise ma plus belle voix autoritaire : « le prochain qui joue avec sa ceinture, je lui en fais un collier ! » Après cela, plus aucun cliquetis n’a été entendu. On s’arrête à mi-chemin sur une aire de repos où un Burger King régnait. Les élèves se sont empressés de commander le fameux burger de 16h. On leur rappelle qu’ils ne doivent rien ramener dans le bus, on fait les poches avant de monter dedans et on gagne multiples paquets de sucrerie … On arrive enfin à Paris, on relâche enfin les élèves, l’équipe d’anglais est épuisée, les « énormes » résonnent encore dans nos têtes comme un syndrome post-traumatique …


Pas un conseil de discipline mais deux !

Dans ma classe de 4ème, deux élèves dont un précédemment nommé ont continuellement attiré l’attention au cours de l’année, accumulant les retenues, les exclusions et les convocations de direction. J’ai rencontré leurs parents suffisamment de fois pour connaitre leurs prénoms et professions … Même au pied du mur, ces deux élèves relèvent de grande créativité pour de nouvelles bêtises mais cette fois-ci, les conséquences seront bien différentes qu’une simple tape sur les mains. Un vendredi de mai après une journée de cours, je me pose sur le canapé de la salle du personnel lorsque ma collègue de Histoire-Géographie m’interpelle et me demande de la voir en privé. Elle me raconte le dernier incident qui a eu lieu avec les deux élèves sauf que cette fois-ci, une arme est impliquée. Elle me dit qu’elle a retrouvé deux petites billes de couleur autour d’un élève du fond de la classe et une autre à proximité d’elle. Reconnaissant directement d’où provenait ces billes, elle a foncé sur un élève et lui a demandé de vider son sac, ce dernier en a sorti un pistolet à bille. Elle a récupéré l’arme et a invité l’élève à aller directement à la vie scolaire. Questionné par le responsable de vie scolaire, l’élève révèle l’identité de son complice. A la suite de cette journée, la professeur part porter plainte au commissariat, elle était très probablement visée. Les deux seront convoqués séparément par la direction et moi-même le lundi matin.


Arrive le lundi, le premier élève arrive dans le bureau de la directrice, il raconte son histoire mais rien ne colle et les mots se mélangent, il affirme à demi-mot que c’était son pistolet, tout en se corrigeant juste après … On l’invite à écrire son témoignage sur un feuille dans la salle d’à côté, le secrétariat appelle ses parents, l’élève est exclu temporairement jusqu’à son conseil de discipline, deux semaines plus tard. Au tour du second élève, son histoire est toute aussi floue et à peine raccord avec celle de son camarade … Même décision que le précédent, deux semaines loin du collège et un conseil de discipline. Pendant ces deux semaines, le calme règne dans la classe quelque soit la discipline, les élèves m’ont même partagé cette observation, ils travaillent dans de meilleures conditions. Le directeur adjoint reçoit un appel téléphonique du premier garçon, celui-ci affirme que c’est bien lui qui a amené le pistolet dans l’établissement. On prépare en amont les interventions des délégués en vie de classe afin que l’avis de tous les élèves soit représenté.


Arrivent enfin ces deux conseils de discipline, pour chacun, les participants sont la directrice, le directeur adjoint, le professeur principal et deux professeurs référents, les délégués de la classe, le représentant des parents et les parents correspondants de la classe. Les deux garçons viennent chacun à leur tour avec leurs deux géniteurs. Le premier commence, les parents sont particulièrement tendus, l’élève nous raconte sa version, cela changera quatre fois lors des questions, rendant les faits encore plus flous … Le directeur adjoint rappelle la dangerosité et l’aspect légal liés à ce genre de pistolet. Je prend la parole rappelant que l’élève, malgré tous nos efforts de bienveillance, n’est pas à sa première bêtise, je suis coupé sauvagement par les parents qui lâchent les chevaux et leur haine sur moi comme si c’était devenu mon procès … La directrice arrête ce début de pugilat en rappelant que toutes les décisions prises concernant leur enfant étaient communes et décidées par l’ensemble de l’équipe enseignante. Les délégués interviennent chacun plusieurs fois de manière particulièrement pertinente afin d’éclaircir la situation. Les parents et l’enfant sont invités à sortir, nous allons maintenant délibérer sur l’exclusion définitive ou non de l’élève. Un petit papier est donné à chacun pour voter sauf que ce vote n’est que consultatif, la directrice prendra seule la décision finale. Le deuxième élève entre avec ses parents, l’attitude est très différente, ils présentent leurs excuses avant même de s’asseoir. L’élève raconte les faits : première version, il tire dans son sac et les billes ont rebondi sur un livre et atterri à l’autre bout de la classe. Deuxième version, il a tiré en hauteur sur le rideau … troisième version, il vise en direction de la professeur … La mère multiplie les grands excès lyriques ; le père, posé, affirme que quelque soit la décision de la direction, il l’acceptera sans broncher. Les parents et l’élève sont invités à sortir, le vote commence, la directrice récupère les bulletins, elle annoncera sa décision en fin d’après-midi.

Quelques heures plus tard, je reçois deux mails, les deux élèves seront réintégrés dès le lundi suivant, une lettre d’excuse et un contrat de comportement sont demandés, l’incompréhension est totale … L’attitude des deux élèves ne change pas, ils sont toujours dans les mauvais coups et sont exclus de cours plusieurs fois … Une impunité semble régner à notre plus grand désarroi. Arrive le dernier conseil de classe, je pensais que leur réintégration n’était que temporaire mais on découvre, le directeur adjoint et moi-même, avec stupeur que la décision concerne aussi l’année de troisième, la directrice étant absente, elle ne peut justifier sa décision … Le lendemain, je demande à la voir, elle m’accueille dans son bureau et m’explique que pour cette « petite » bêtise, une exclusion de deux semaines était bien assez …


Enchanted

Au-delà de mes obligations contractuelles de professeur principal, découvrir cette classe de 4ème et la suivre toute l’année a été la plus belle expérience de cette année. La confiance est telle que j’étais devenu l’un de leurs bureaux des pleurs favoris, au grand désarroi de certains enseignants. Leurs complaintes étaient variées : un professeur ouvertement injuste forçant l’acceptation des élèves, des conflits internes à la classe, des sanctions inappropriées ou non justifiées, … Les cours d’anglais avec eux étaient tout aussi participatifs et dynamiques. Saupoudrant toutes les thématiques de pop culture et de chansons anglophones, j’avais gagné l’adhésion complète des élèves. Mes gouts musicaux devenaient aussi évidents pour eux, et les élèves en font nombreuses fois référence dans leurs productions. Je privilégie un chapitre sur les américaines remarquables, passage obligé pour le féministe que je suis. Un jour, je présente l’artiste Lady Gaga, les élèves connaissent ma passion pour cette chanteuse américaine, ma coque de téléphone le montre assez bien. Je leur affirme que c’est une artiste très investie dans la cause LGBTQIA+ et que son concert avait été l’évènement le plus inclusif possible que j’avais eu la chance de participer. Une élève me demande alors : « Vous êtes gay, monsieur ? », une question que je connais par coeur et voici ma réponse tout en douceur : « Ma sexualité ne t’intéresse pas. ». L’élève est devenue toute pale, elle savait qu’elle avait dépassé les bornes mais je ne lui tiens pas rigueur. Le sérieux dans le travail et l’apprentissage était aussi associé au rire, parce que pour moi, un élève apprend mieux si une véritable bonne ambiance règne en cours d'anglais. Avant chaque période de vacances, j’établis avec eux une séance de blindtest, ce rituel était devenu le moment de briller pour certains et certaines. Une fois, un élève utilise sa montre connectée pour tricher mais quel en est l’intérêt ? Son équipe perd la moitié de leurs points et lui, est exclu du jeu … Une autre fois, des garçons se sont mis à imiter le précédent tricheur, nous offrant des rires et de l’agacement … Les élèves me surprennent avec leurs grandes connaissances du R&B des années 2000, genre tombé pourtant en désuétude. Ces moments de chaleur et de joie collective me rappellent ce que je vivais dans mon précédent établissement et grâce à ces 4ème, je me sentais enfin chez moi. On partage et rit ensemble, je les réprimande quand ils font des bêtises dans les autres cours, mon statut de professeur principal oblige. Lors des rapides rencontres dans la cour, les bonjours enjoués et les sourires jusqu’aux oreilles font légion. Plusieurs élèves viennent me partager leurs problèmes personnels, je les écoute et les conseille comme je peux. Je me débrouille pour être leur accompagnateur lors des célébrations religieuses, ils chantent telles des stars, nous rions. On échange à propos de tout et rien sur le chemin, je console une élève en pleine crise de panique, et une autre, et une autre plus tard ! Mon investissement et ma complicité avec eux impressionnent et les élèves me le rendent de la plus belle des manières. Aux oraux de fin d’année, ils jubilent lorsque mon nom s’associe à leur jury.


Lors de la dernière vie de classe de l’année, nous nous lançons dans les bilans de l’année, du point de vue scolaire et personnel. Une année riche en péripéties, ça a été une classe particulièrement hétérogène en termes de résultats tout comme en implication dans le travail, avec des départs définitifs, des crises personnelles et deux conseils de discipline. Je fais le déroulé des professeurs qu’ils auraient l’année suivante, en gardant l’anglais en dernier pour un effet dramatique. Ils sont déçus de perdre cette équipe de jeunes professeurs qu’ils avaient tant appréciée. J’annonce que je ne suis pas professeur de 3ème, je les verrai simplement en atelier et en AP, les élèves grognent et montrent leur déception, je suis tout aussi déçu de ne pas continuer avec eux … Mon bilan personnel arrive enfin, je leur rappelle que c’était une grande première pour moi, la classe de 4ème et être professeur principal, que j’ai fait mon maximum pour eux. Leur réponse m’a fait fondre sur place : « Monsieur, ça ne s’est même pas vu, c’était comme si vous faisiez ça depuis toujours ! ». Puis, je précise que leur classe était ma préférée et que j’avais particulièrement aimé passer tout ce temps avec eux. Les tables se sont mises à trembler et une vague d’applaudissements et des cris de reconnaissance ont fait trembler les murs de la salle et mon petit coeur sensible. Je termine par écrire au tableau une citation d’une chanteuse américaine blonde et extrêmement célèbre, résumant tout ce que je pense d’eux : « I was enchanted to meet you ». Et voici que retentit une seconde vague de tremblement de terre à cause de leur encouragement et reconnaissance. En seconde partie, on improvise un goûter, les bonbons disparaissent dans la minute, je sers du soda à chacun. Les téléphones sont de sortie pour alimenter leurs réseaux sociaux, la musique est choisie par les élèves. D’autres viennent à la porte pour observer, je les recale, seuls mes 4ème peuvent profiter de la fête. Une élève me demande si je me souviendrai d’eux, je lui réponds : « On n’oublie jamais ses premières fois ! ». Un autre élève me suggère de faire une vidéo TikTok, une vieille promesse datant du voyage scolaire. J’accepte, les règles sont simples, je dois suivre une tendance : une danse orientale sur une chanson algérienne. D’un coup, tous les téléphones sont braqués sur moi, je m’exécute pour amuser la galerie une dernière fois. Les vidéos seront vues par tout le collège ! Rien que quelques minutes plus tard, des élèves d’autres classes viennent déjà commenter mes pas de danse ! Et cela continuera les jours suivants. On termine cette dernière par le grand nettoyage de la salle et pour certains, on sent bien que le ménage n’est pas une habitude mais ils mettent tous la main à la patte et rendent une salle de classe impeccable.


Le tout dernier jour avec eux correspond à l’ultime assemblée générale des 4ème pour la remise des récompenses et un discours de la direction clôturant l’année. Les gagnants des prix sont annoncés par la directrice, elle en oublie deux mais surtout, elle donne un diplôme à une élève qui n’a eu aucune récompense de l’année principalement à cause de ces nombreux bavardages. L’hilarité et l’incompréhension règnent dans les rangs de mes 4ème, je me pince les lèvres pour ne pas éclater de rire. Sans le vouloir, cette élève venait de réaliser le hold-up de l’année ! A la sortie, je leur distribue l’album-souvenir de l’année, ils se cherchent dedans et se moque de ma posture à la vue de la photo de classe, digne d’un playmobil. J’étais énervé contre le photographe, il avait trouvé rien de mieux à faire que de me reboutonner le col du polo parce que l’on voyait trop de mon décolleté … d’où ma crispation ! Une merveilleuse élève souhaite un selfie, on en prend plusieurs et on accueille d’autres élèves de son entourage pour démultiplier les clichés. Leur enthousiasme va me manquer … Mais je vais me débrouiller pour en retrouver le plus possible en cours l’année prochaine.


Last Kiss

L’année s’achève sur le repas de fin d’année et les journées pédagogiques. Ce repas signe le grand départ de la directrice, la soirée est festive et bien arrosée en pluie et en bulles champenoises. Mes camarades et moi-même partons en direction du congélateur posé sous le préau pour se gaver de Snickers glacés. Le professeur d’anglais en profite pour nous partager une énième anecdote hilarante de son enfance aux Etats-Unis. Les deux dernières journées semblent n’être que des longues réunions interminables pour préparer l’année prochaine. Aucune modification pour mon nombre de classes, les niveaux restent aussi inchangés et je garde mon statut de professeur principal en 4ème à ma grande satisfaction. La formation des classes pour l’année suivante est le grand moment d’action de ces réunions. Tout est bon pour négocier, tous les coups sont permis pour éviter les pires éléments ou garder nos favoris dans nos classes. Les professeurs sont devenus de vrais marchants de tapis, prêts à toute bassesse pour former les meilleures classes possibles. De mon côté, je me débrouille pour placer mes favoris avec leurs camarades, puis je me rendors. Il est enfin l’heure de partir, on s’échange nos derniers au-revoir, puis, je détale en direction de la gare pour profiter de ces vacances si bien méritées, ponctuant une sacrée année scolaire.

 
 
 
  • Photo du rédacteur: Citronnade
    Citronnade
  • 21 déc. 2022
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 janv. 2023



Deux ans auparavant, je délaissais l’uniforme d’agent de cinéma UGC pour revêtir un autre costume, celui de professeur de collège. Fini l’uniforme noir austère, je retrouvais enfin ma tenue habituelle : le hoodie noir, le teeshirt noir, les baskets noires et le perfecto noir.

Janvier 2021 - Juillet 2021 : Les premiers pas


Je commençai cette aventure par un emploi à temps partiel dans un collège privé de Paris dans le XIXème arrondissement. Les premières prestations face aux élèves étaient terrifiantes mais je leur rendais bien. Deux niveaux me furent assignés, la pré-adolescence des 5ème et la rébellion des 3ème. Les masques empêchaient de voir nos visages, à part les plus enclins à partager leurs sourires de fer. Ils étaient aussi pratiques pour les bavardages ; sans le mouvement de la bouche, il m’était impossible de reconnaître les responsables. Ainsi, il fallait être le plus expressif au niveau du regard : sombre et réprobateur, levant les yeux vers le ciel à la plus grande bêtise ou plissé et malicieux mais complice ou chaleureux et satisfait face aux réussites. Une repartie développée m’aidait à contrecarrer les dissipations de certains mais des déconvenues au niveau de la discipline m’avaient valu des moments peu reluisants : une collègue autoritaire débarque en mode commando du SWAT dans mon cours car les élèves étaient trop bruyants, des punitions collectives volaient dans tous les sens, … Bref quelques échecs.


Prenant de plus en plus mes marques au fur et à mesure des semaines, je découvrais un métier qui me plaisait, ma carrière de mercenaire était donc terminée. Ayant la chance d’enseigner une langue vivante, les sujets étaient bien plus libres et je pouvais ainsi choisir des thématiques qui me plaisaient et qui pouvaient attirer l’attention d’un adolescent. Pour ce faire, je puisai dans mon réservoir illimité de pop culture pour élaborer plusieurs séquences : les super-héroïnes, James Bond … Des élèves avaient remarqué mon militantisme féministe suite à un échange assez tendu entre elles et des petits roquets. Afin de continuer leur éveil militant, je leur partageai plusieurs ouvrages dont le fabuleux manifeste de Chimamanda Ngozi Adichie. A cette situation sanitaire exceptionnelle, s’était ajouté l’enseignement en distanciel, mot nouveau pour décrire les joies des vacances prolongées mais dites apprenantes. Feignant la connexion internet défectueuse, j’eus le plaisir d’éviter de donner cours par Zoom, faire le singe en conf-call pendant plusieurs heures n’était pas fait pour moi. Le partage d’exercices à faire était largement suffisant pour les élèves. Un retour en classe en demi-groupe allégeait les efforts de discipline et permettait l’avancement du cours dans de bonnes conditions. L’un des derniers cours, la directrice de l’établissement apparut dans ma classe, elle souhaitait observer comment je me débrouillais face aux élèves. Elle fut agréablement surprise par le dynamisme de mon cours et l’échange complice mais apaisé avec les élèves. Satisfaite de ma demi-année, elle décida alors de me prolonger pour une année supplémentaire mais là, on allait passer sur un temps complet avec cinq classes. L’année se terminait avec plusieurs événements : une journée avec les professeurs entre camaraderie et karting, un repas de célébration et une sortie accrobranches avec les 3ème dont plusieurs rigolades en haut des arbres.


Septembre 2021 - Juillet 2022 : Confirmation et temps complet


A cette nouvelle rentrée, ma première pour une année complète, on trépignait tous d’impatience : quelles classes nous attendaient ? Qui aurait un planning décent ? La vie scolaire avait écouté mes prières pour le planning, moins pour les classes … Je continuai avec les niveaux de l’année dernière, une classe de 5ème et deux de 3ème. J'allais ainsi découvrir les classes de 6ème, des petits sauvages aux têtes d’ange. On me proposa de prendre deux classes supplémentaires mais je déclinai l’offre par manque d’expérience et par envie d’apprentissage progressif. Ce refus allait avoir pour conséquence l’arrivée d’une autre professeur, un événement qui allait changer mon avenir dans cet établissement. Mon intégration au niveau de l’équipe pédagogique prenait son cours, je m’étais allié avec un groupe de chaleureuses baroudeuses de l’enseignement portées sur la cigarette et les remarques acérées.


Je découvris aussi le plaisir des sorties scolaires, une interaction plus joyeuse et amusante avec les élèves. Ma première sortie se fit avec mes deux classes de 3ème, une excursion dans les Hauts-de-France, à la recherche des souvenirs de la Grande Guerre. Accompagné de deux collègues et d’un prêtre, j’entrepris mon baptême de feu en dehors de l’établissement scolaire. Bonne nouvelle, il n’y eut aucun blessé et aucune perte. Le transport en bus avait apporté ces moments de camaraderie et d’échanges. Certains me partageaient leur passion intense pour la série Gilmore Girls, d’autres me faisaient écouter les derniers tubes hip-hop français à la mode. Mais mon moment préféré de cette journée resterait lorsque, sur le retour, le prête prit le micro et demanda aux élèves de venir un par un à l’avant du bus pour partager sur cette journée. La détresse sur leurs visages, leurs jérémiades et mon éclat de rire non contrôlé résonnent encore sur les routes picardes.


Cette classe de 5ème était la première à se montrer véritablement studieuse et bon enfant, chaque moment avec eux était du pur plaisir, un professeur au monde des bisounours parce que les autres classes surtout une de 6ème et une de 3ème allaient directement me ramener sur terre … Plus affirmé et plus confiant, mes cours étaient mieux construits mais l’autorité m’était encore trop légère. Donc les leçons de morale volaient ainsi que les carnets de correspondance, sans que vraiment les élèves perturbateurs ne cessèrent leurs bêtises. Les petits 6ème étaient adorables et méticuleux pour la plupart. Leur envie d’apprendre et leur dynamisme contrebalançaient avec leur lenteur d’écriture. La candeur et le sans-gêne de certains étaient extrêmement touchants voir même troublants : des déclarations d’amour à l’emporte-pièce en plein milieu d’un cours, de la délation pure …


Conseil à tous les professeurs : utiliser uniquement les quatre couleurs classiques, une autre déclenchera la plus grande panique et le plus grand chaos.


Le cours de fin de journée du mardi était toujours une plaie, des élèves fatigués et peu enclins à travailler, quelque soit le moment de la journée pour cette classe de 3ème d’ailleurs. Toutefois, cette dernière était terriblement attachante, un niveau faible mais j’étais le seul professeur qui s’accrochait avec eux, un lien qui allait nous amener ensemble en Espagne plusieurs mois plus tard et m'offrant le statut de professeur principal officieux de cette classe.


Année complète dit rencontres avec les parents, telle une grande première, je m’étais préparé, mon français impeccable et mon charme naturel allaient les épater. Lors de ces réunions, les rencontres furent extrêmement diverses : des parents de 6ème ne tarissant pas d’éloges sur la qualité de mon enseignement, des parents au bord du burn-out face à un enfant en échec scolaire, des parents récemment divorcés dont l’hypersensibilité obligeait à la subtilité sinon les sanglots retentissaient … Mais c’était surtout trois heures d’échanges non-stop, donc cela demandait une vessie très solide sur ses appuis.

Noël approchant, les derniers cours étaient sous le signe de la célébration du divin enfant. Comme tout bon chrétien, je partageais des chocolats Kinder en plein scandale de Salmonelle avec les élèves devant des clips de Noël. Mariah Carey, Ariana Grande et Frank Sinatra retentissaient à fond de cale dans chaque salle pour le plus grand plaisir de tous.


La cantine, ce lieu sacré, permettait de voir les visages des élèves. A chaque passage, on se saluait avec toute subtilité : un clin d’œil, un sourire, un cri : « Monsieur Nooooooëëëllll » ! Récupérant nos repas au même endroit que les élèves, c’était l’occasion de discutailler avec eux. Un jour, c’était pizza à la cantine et des élèves se plaignaient parce qu’elles ne pouvaient pas avoir du rab. Ne surveillant pas mon assiette, le cuisinier me servit double ration malgré ma protestation ! Grand cœur, grande âme que je suis, je décidai de partager ma seconde part avec ces deux 5ème. Au vent de leurs louanges, j’avais refait leur journée et gagné le statut de « prof le plus cool de l’année ». Ces mêmes élèves, plusieurs semaines plus tard, exprimèrent leur appréciation des cours d’anglais, en les comparant avec les frites à la cantine ! Un compliment qui faisait si chaud au cœur.


La situation sanitaire empêchait l’organisation de voyages mais dès que ma collègue d’espagnol émit la possibilité et le besoin d’accompagner des 3ème à Séville, j'exprimai le plus grand des enthousiasmes. Mois de mars arrivant, chance à nous, la directrice ainsi que l’administration française avaient autorisé les voyages et donc l’accès aux terres andalouses était garanti. Les masques allaient être retirés mais seulement à notre retour d’Andalousie. Accompagné de deux professeurs hispanophones et d’une belle brochette de 3ème aussi sympathiques qu’avides d’exploration, j’entrepris la découverte de Séville et ses alentours. Dès la première journée, je dus payer l’amende d’une élève à peine arrivé à l’aéroport Paris-Charles De Gaulle, je profitai aussi des bonbons et des chewing-gums offerts par les élèves.


Conseil à tous : ne pas faire des bulles tout en portant un masque.


Notre bus arriva enfin à notre ville de villégiature. A sa sortie, nous saluâmes nos camarades espagnols et observâmes d’un regard à la fois hilare et troublé celui-ci partir au loin avec nos bagages. Les élèves paniquaient, mais après plusieurs dizaines de minutes, le bus fut de retour. Ce voyage merveilleux avec son lot de surprises et d’émerveillement permit de consolider les liens entre les professeurs et les élèves.


L’année scolaire se rapprochait de la fin et mon avenir commençait à se dessiner. Il y avait un poste pour deux professeurs pour l’année prochaine. Les Hunger Games étaient ainsi lancés mais j’avais eu un malheureux raté à l’allumage, un retard qui me serait fatal ! Le poste était sur deux établissements donc deux chefs à convaincre. Après des difficultés pour obtenir un entretien avec le principal, je me rasai de près et mis mon plus beau costume pour échanger sur un poste qui … avait été déjà donné. Le même jour, je participai à mon premier conseil de discipline, une ambiance lourde et pesante …


A l’annonce de ma non-prolongation, l’incompréhension régnait autour moi, pourquoi elle et pas moi ? Mes collègues étaient tout aussi troublés. Malgré cette décision, la directrice m’avait chaudement recommandé auprès d’un autre établissement parisien et j’obtins le poste grâce à mon charme et mon talent, ou probablement grâce à l’urgence de trouver un professeur d'anglais pour l’année suivante. L’annonce à mes 6ème et à mes 5ème s’annonçait ardue, on avait créé une magnifique dynamique et j’avais une place particulière dans leur cœur. La mine sévère, je partageai la nouvelle, la soupe à la grimace régnait, des élèves affirmèrent de but en blanc qu’ils détestaient ma remplaçante. Je leur répondis qu’ils ne devaient pas la juger sans la connaitre mais dans ma tête, un simple « nananère » résonnait.


Les conseils arrivant, une classe de 6ème me demanda de le preparer avec eux, leur professeur principal était absent. J’enfilai alors mon costume de référent éphémère, découvrant les multiples difficultés de la classe mais aussi l’amour que certaines élèves me portaient.


Le crépuscule de cette année scolaire approchait, je décidai alors de la terminer sous le signe de la musique ; ainsi, j'organisai un blindest musical avec chacune de mes classes en guise d’adieu. Les tubes populaires de l’année et des chansons plus anciennes procurèrent cette chaleur et cette bonne humeur si caractéristiques de mes cours pour une dernière fois. De leur côté, les élèves me surprirent davantage : un mot plein d’appréciation signé par toute la classe de 5ème, des boites de chocolat offertes par des 6ème, une bouteille de vin aussi ! Une merveilleuse 3ème m’offrit des fleurs en plus d’un mail extrêmement adorable … Une telle vague d’amour me toucha profondément et je les remercie encore une fois !


Mon groupe de baroudeuses à la cigarette m’avait aussi gâté autour d’un barbecue si chaleureux. Quittant cet établissement qui m’avait donné ma chance, mon regard se porta vers l’horizon, plus exactement en direction du XIIIème arrondissement pour cette nouvelle aventure professorale.


Septembre 2022 - Juillet 2023 : Professeur principal, quatuor professoral et service informatique en PLS


A suivre …

 
 
 

Le 8 mars, journée hautement symbolique et synthèse des avancées encore nécessaires pour l’égalité des genres, donne l’opportunité à de nombreuses entreprises de marketer sur cette lutte. Combien d’affaires trouve-t-on sur la lessive, sur les aspirateurs ou d’autres réductions aussi genrées ? …. Donc pour contrebalancer à cet appât lucratif, une nouvelle ode de reconnaissance se doit d’être livrée dans les quatre coins de France et de Navarre. Deux années auparavant, un premier hommage avait été rendu à toutes les héroïnes qui nous entourent (https://fabriquedecitronnade.wixsite.com/home/post/les-femmes-de-mon-entourage-ces-super-héroines-du-quotidien ) et telle une franchise de cinéma, la suite est arrivée. Cette nouvelle monture aura tous les critères des sequels et bien plus encore. 2020 a encore montré l’immense capacité d’adaptation et de force de nos héroïnes sans cape face aux grandes difficultés. Cette pandémie avec ses divers confinements a propulsé de nouvelles héroïnes sur le devant de la scène et d’autres plus discrètes mais toutes aussi puissantes.


Birds of Prey assemble, Birds of Prey (Cathy Yan, 2020)

Le personnel infirmier, très majoritairement féminin, est face à ce virus, nuit et jour, pour sauver le plus grand nombre de nos concitoyens malades. Ces infirmières, ces sage-femmes ont été saluées et applaudies un temps mais la reconnaissance s’est bien estompée. C’est donc le moment de congratuler de nouveau leurs efforts et les encourager à nouveau dans ce service public que nombreux dirigeants à travers les années ont laissé défraichir rendant le travail des soignantes de plus en plus pénible et contraignant.



Christina Wang en pleine intervention, Grey's Anatomy (Shonda Rhimes, 2005 - maintenant)

D’autres héroïnes étaient en première ligne afin que le reste de l’humanité puisse se nourrir. Ces hôtesses de caisse, grâce à leur vaillance, ont combattu la peur de ce virus pour que nous puissions acheter notre papier-toilette ou nos kilos de nouilles. Tandis qu’une grande proportion de la population mondiale s’était cloitrée à domicile, ces Avengers de la scanette allaient sur leurs lieux de travail. Derrière leur vitre en plastique, elles continuaient leurs missions sans faiblir. Les grands groupes de supermarchés ne l’ont données que des miettes pour service rendu mais elles méritent bien plus : une ode de chaleur et de remerciement par exemple.


Rihanna devient caissière pour l'ouverture du magasin éphémère Fenty X Puma à Hollywood le mardi 18 avril 2017

Déjà héroïnes du quotidien, les mères ont eu encore plus de travail avec la fermeture des écoles. Les enfants à la maison, il fallait bien les aider avec leurs devoirs pour éviter les décrochages scolaires. Et en très grande majorité, ce sont les femmes qui se sont imaginées professeures pour le suivi en distanciel des cours. Dans d’innombrables cas, les pères privilégiaient leur télétravail, leur bricolage ou la nouvelle série à la mode sur Netflix. De cette charge de travail, il faut y ajouter leur propre métier : de nombreuses mères, en plus du suivi des devoirs de leurs enfants, devaient jongler aussi avec leurs propres missions de travailleuses. De cela, on peut y ajouter aussi les tâches ménagères, qui, Oh grande surprise, sont majoritairement réservées au genre féminin dans un foyer. Les charges s’accumulent mais grâce à vos super-pouvoirs, vous vous y attelez avec la plus grande grâce et la plus grande force.


Tami Taylor jonglant entre son emploi de principale et l'éducation de son enfant, Friday Night Lights (Peter Berg, 2006-2011)

Cette dernière année, un autre type d’héroïnes est sorti de l’ombre. Brisant les tabous autour d’un comportement déviant mais toléré par notre société patriarcale, nombreuses ont pris la parole en public afin de dénoncer ces abus que nombreux hommes de pouvoir se permettent. Ces paroles libérées ont mis sous le feu des projecteurs des pratiques incestueuses que des hommes d’influence se permettaient en toute impunité parce qu’ils étaient protégés par leurs pairs. Grâce aux témoignages de ces victimes, la culpabilité peut enfin changer de camp et la justice peut enfin faire son travail. La chute publique de ces prédateurs n’est que la première étape vers la disparition de ces crimes odieux.


Le 7 janvier, Camille Kouchner a publié "La Familia grande", dans lequel elle accuse de viols répétés sur son frère, alors adolescent, leur beau-père Olivier Duhamel.

Encore cette année, le deuxième sexe a démontré ses ressources et sa férocité face aux démons de notre époque. Soutenant le plus grand nombre par simple altruisme ou encourageant les siens dans leur élévation éducatrice, ces héroïnes du quotidien ont encore prouvé que seules nos actions jugent ce que l’on est et que, contrairement à de nombreuses personnes, elles ne cherchent aucune louange ni reconnaissance, simplement un peu plus de douceur et d’égalité dans ce monde. Infirmières, hôtesses de caisse, mères, lanceuses d’alerte et bien d’autres ont enfilé leurs costumes de Birds of Prey afin de combattre les injustices de notre temps et redonner un peu de couleurs et d’âme à cette humanité bien terne. Encore un grand merci pour votre engagement (super)héroïque.

 
 
 
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